Sunday, February 28, 2021
Health

COVID-19: les anticoagulants qui sauvent des vies

COVID-19: les anticoagulants qui sauvent des vies
0views


Des études récentes indiquent que l’administration d’anticoagulants permet de diminuer significativement les complications et la mortalité causées par la COVID-19.

En attendant de parvenir à immuniser une bonne partie de la population avec les vaccins récemment développés contre la COVID-19, il faut se résigner à devoir composer avec la maladie encore quelques mois. Inévitablement, de nombreuses personnes deviendront malades durant cette période et il est donc important de continuer à chercher de nouvelles approches pour réduire les complications graves de l’infection.

Caillots sanguins

Une des principales caractéristiques de la COVID-19 est que c’est très souvent la réponse inadaptée du corps au virus qui est responsable des formes sévères de la maladie plutôt que le virus lui-même. Chez une forte proportion des patients gravement atteints, on note en particulier une réponse inflammatoire disproportionnée qui endommage les organes vitaux et peut causer une détérioration rapide de l’état de santé. 

Une autre conséquence de ce choc inflammatoire est de causer une formation anormale de caillots (thromboses) qui bloquent l’arrivée de sang aux organes vitaux (poumons, cœur, cerveau, rein) et peuvent causer plusieurs accidents graves (infarctus, AVC, embolie pulmonaire, défaillance rénale) qui haussent le risque de décès. Par exemple, des autopsies réalisées auprès de patients décédés de la COVID-19 ont révélé la présence d’une multitude de caillots dans les microvaisseaux sanguins irriguant le cœur (capillaires, artérioles), causant plusieurs zones de nécroses dans le tissu cardiaque (1)

Une analyse systématique de plusieurs organes infectés par le virus suggère que cette hypercoagulabilité serait causée par des dérèglements importants de plusieurs protéines essentielles à l’équilibre de la cascade de coagulation, notamment la prothrombine et les facteurs XI, XII et XIIIa (2)

Prévenir les caillots

L’importance de ces caillots dans le développement des complications de la COVID-19 est mise en évidence par une étude récente, réalisée auprès de 4297 patients, indiquant que l’utilisation d’anticoagulants comme l’héparine procure d’importants bénéfices pour les patients atteints de la COVID-19 (3)

Les chercheurs ont en effet observé que l’administration d’héparine dans les premières 24 heures à la suite de l’admission était associée à une diminution de 27 % du risque de mortalité dans le mois suivant l’hospitalisation.  

Les résultats de trois essais cliniques réalisés dans plus de 300 hôpitaux à l’échelle mondiale vont dans le même sens et suggèrent que l’administration d’héparine pourrait réduire significativement le risque de complications et de mortalité liées à la COVID-19 (4).

Comparativement au traitement standard utilisé en routine pour prévenir les caillots chez les patients hospitalisés (demi-dose d’héparine), on a observé que chez les patients atteints de la forme modérée de COVID-19 (hospitalisés, mais pas aux soins intensifs et sans ventilation mécanique), un traitement par l’héparine à pleine dose permettait de réduire d’environ 30 % le risque de ventilation mécanique (16 vs 23 % des patients) et de 25 % le risque de mortalité (5,7 vs 7,7 %).    

Cet effet bénéfique de l’anticoagulation est cependant observé seulement chez les patients modérément malades : un autre volet de l’étude a révélé que l’administration de pleines doses d’héparine chez ceux qui sont aux soins intensifs et requièrent une ventilation mécanique a au contraire entraîné une détérioration de leur condition clinique. 

L’établissement de protocoles cliniques très précis sera donc essentiel pour maximiser les bénéfices des traitements par les anticoagulants.

Mieux soigner

Ces résultats montrent bien que même en l’absence de médicaments antiviraux spécifiques, nous faisons néanmoins des progrès significatifs dans le traitement de la COVID-19. 

En plus des anticoagulants mentionnés plus tôt, on a aussi montré que des médicaments (les corticostéroïdes) qui permettent de contrôler la réponse inflammatoire excessive générée en réponse au virus permettent une réduction d’environ 30 % de la mortalité chez les patients hospitalisés (5)

En ciblant spécifiquement deux grands phénomènes déréglés par l’infection au coronavirus (l’inflammation et la coagulation), ces deux approches vont donc permettre de sauver de nombreuses vies d’ici à ce qu’on parvienne à atteindre un degré d’immunisation suffisant pour réduire à néant les taux d’infection par le virus.  

♦ (1) Pellegrini D et coll. Microthrombi as a major cause of cardiac injury in COVID-19: a pathologic study. Circulation, publié le 22 janvier 2021.

♦ (2) Nie X et coll. Multi-organ proteomic landscape of COVID-19 autopsies. Cell 2021 ; 184 : 775–791.e14.

♦ (3) Rentsch CT et coll. Early initiation of prophylactic anticoagulation for prevention of coronavirus disease 2019 mortality in patients admitted to hospital in the United States: cohort study. BMJ 2021 ; 372 : n311

♦ (4) National Heart, Lung, and blood Institute. Full-dose blood thinners decreased need for life support and improved outcome in hospitalized COVID-19 patients. Communiqué de presse publié le 22 janvier 2021.

♦ (5) RECOVERY Collaborative Group. Dexamethasone in hospitalized patients with Covid-19 – preliminary Report. N. Engl. J. Med., publié le 17 juillet 2020.



Source link

Leave a Response