Thursday, November 26, 2020
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Chili: les revendications indigènes ressurgissent à la faveur du référendum

Chili: les revendications indigènes ressurgissent à la faveur du référendum
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La vieille revendication des Amérindiens mapuche pour la restitution des terres et une plus grande autonomie refait surface à l’occasion du référendum pour une nouvelle Constitution au Chili: certains veulent croire au processus politique en cours pour obtenir davantage de droits, d’autres préconisent des méthodes plus violentes pour reconstruire la « nation mapuche ».

Symbole de résistance, le « Wenufoje » – le drapeau mapuche composé de carrés multicolores – a été très présent lors des manifestations sociales qui ont éclaté au Chili à partir du 18 octobre 2019 et qui ont abouti à l’accord politique pour la tenue d’un référendum constitutionnel historique dimanche.

Lors des discussions autour de nouveaux droits fondamentaux à inscrire dans cette nouvelle Constitution en cas de victoire du « Apruebo » (J’approuve), la question de la reconnaissance des peuples autochtones, tels que les Mapuches, Aymaras ou Rapa Nui, parmi d’autres, pourrait être débattue. 

Cependant, parmi les Mapuches, peuple premier le plus important du pays qui représentent environ 7% de la population chilienne – avec des niveaux de pauvreté deux fois plus élevés que le reste de la population -, les avis divergent.

« Je suis d’accord avec (ce référendum) comme étant un acte démocratique inédit sur le type de société que nous voulons construire, mais j’ai certains doutes. Notre langue, notre culture, seront certainement reconnues, mais jamais ne sera abordée la question des terres. Et le gros problème, c’est la question des terres », a déclaré à l’AFP le dirigeant mapuche Juan Pichun.

Résistance et sabotage

Juan Pichun est un « lonko » ou chef de la communauté de Temulemu, à Traigén, dans le sud du Chili. En 2011, il a signé avec deux autres communautés indigènes un accord pour récupérer 2 500 hectares de terres de l’entreprise forestière Mininco, mettant fin à 15 ans de conflits.

Juan Pichun estime qu’une nouvelle Constitution « n’est pas le bon moyen » pour que les Mapuches récupérent « leurs terres », reconstruisent une « nation mapuche » et y fassent vivre traditions et spiritualité ancestrales.

Il est plutôt partisan de la manière forte, avec des actions de résistance et de sabotage qui ont fonctionné par le passé.

Il est membre de la Coordination Arauco Malleco (CAM), qui revendique des sabotages contre les entreprises forestières exerçant un « contrôle territorial effectif » sur les terres où les Mapuches vivent et travaillent dans l’agriculture.

Mais pour le gouvernement, le CAM est un groupuscule radical, même « terroriste », à l’origine d’incendies criminels d’écoles, de camions et d’engins agricoles ces derniers mois dans les régions d’Araucanie et de Biobio (sud).

« Nous ne sommes pas un groupe criminel, nous ne sommes pas des vandales, mais des combattants », rejette le dirigeant indigène.

Nouvelle coexistence

D’autres Mapuches pensent cependant que la probable révision constitutionnelle est un préambule à un débat plus que nécessaire au Chili.

« La nouvelle Constitution n’est que le début d’un processus pour commencer à débattre de l’interculturalité », estime auprès de l’AFP l’historien mapuche Fernando Pairican, qui dit comprendre la peur et la méfiance de certains membres de sa communauté.

Cet universitaire de l’Université de Santiago adhère à la thèse selon laquelle le processus constitutionnel rendrait possible des droits collectifs fondamentaux pour les communautés indigènes.

Selon Salvador Millaleo, avocat et expert des questions indigènes, ceux qui « se placent volontairement au dehors du processus constitutionnel ont une position plutôt limitée » au sein du monde mapuche.

« La plupart des organisations indigènes ont abandonné » l’idée de « Nation Mapuche », estime ce professeur à l’Université du Chili.

Selon lui, l’aspiration des indigènes est de parvenir, par ce processus, à une nouvelle coexistence avec le reste des Chiliens.

« L’idée n’est pas de construire un autre État, mais d’avoir une autre forme de coexistence où il n’y a pas de domination mais plutôt une égalité de traitement », dit-il.

Pour l’heure, même en cas de victoire du « Apruebo », aucun siège n’est réservé spécifiquement à des représentants indigènes dans la future Convention constituante appelée à écrire une nouvelle Constitution pour tous les Chiliens.



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